Peut-on traiter de l’absurde sans parler du hasard?

(Mon intervention au café philo de Lyon le 5/4/2022 sur le theme: Peut-on traiter de l’absurde sans parler du hasard?)

Pour les existentialistes, et en particulier pour Sartre et Camus, la condition humaine est absurde, car elle est sans sens, sans signification et sans raison d’être.

Je suis contre l’utilisation par les existentialistes de l’adjectif “absurde” appliqué à la vie humaine. Cette utilisation est à mon avis trompeuse.

En effet, selon le dictionnaire Larousse, absurde signifie d’abord “ce qui est contraire à la raison, au sens commun, qui est aberrant, insensé”.

Eh bien, dans ce sens, je ne crois pas que la vie soit “absurde”. Je pense plutôt qu’elle n’a pas de but désirable ou acceptable au sens humain, et je pense en fait qu’elle est régie par le hasard et la nécessité comme le dit le titre du célèbre livre de Jacques Monod. Mais je ne vois pas dans la vie ces contradictions logiques et ces faits contraires au bon sens, qui justifieraient l’utilisation de l’adjectif “absurde”.

En fait, je trouve la vie tout sauf absurde. Je trouve que c’est plutôt le contraire,
dans le sens où elle a des lois qui ne sont jamais contredites.

Incertaine oui, mystérieuse oui, mais pas absurde. Au contraire, très prévisible.

Absurde est un terme péjoratif, que nous utilisons souvent pour désigner ce qui nous est répugnant ou douloureux.

Quant au hasard, il me semble lui aussi tout sauf absurde.

Le hasard est ambivalent : d’un côté, il nous décourage, de l’autre, il nous amuse. D’une part, il nous décourage si il donne lieu à des événements indésirables, et si nous pensons que nous, les humains, sommes le résultat de mutations aléatoires ; d’autre part, il nous amuse car il nous permet des variations et des surprises, sans lesquelles la vie serait monotone.

Le fait que nous soyons le résultat de mutations aléatoires n’est pas absurde ; au contraire, il est très logique, et a ses “raisons” et son utilité en ce qui concerne la conservation et l’évolution des espèces vivantes. Le problème est que cette “vérité” contredit les vérités religieuses et nous laisse sans valeurs prédéfinies.

Les valeurs elles-mêmes sont donc le résultat de mutations aléatoires, ce qui nous laisse perplexes, car cela signifie que c’est à nous de les définir et de les modifier, avec tous les risques sociaux que cela comporte.

Enfin, je crois que rien n’est absurde en dehors des connaissances fausses et des espoirs infondés, connaissances et espoirs avec lesquels les religions tentent de nous subjuguer.

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